Reportages
Prospecter les postes délaissés.
Un poste se défini par des caractéristiques simples mais fonctionnelles.
Avant toutes choses, il convient de "planter" le décors en ne perdant pas de vue que le comportement de notre belle mouchetée consiste, à longueur de journée, à se nourrir ou à se dissimuler pour assimiler la nourriture qu’elle a ingurgitée.
Il faut donc qu’il y ait du courant rapide pour recevoir, grâce à la dérive d’organismes, une quantité suffisante de nourriture, mais néanmoins assez lent pour n’avoir qu’une dépense énergétique minimale afin de se tenir dans la veine d’eau. Quant l’eau est trop "molle", il n’y a bien sûr pas de grande dépense énergétique, mais la quantité de nourriture est assez faible. Au contraire, quand l’eau est trop rapide, il y a certes une dérive d’organismess conséquente, mais cela implique une énergie mise en œuvre très importante pour pouvoir s’y maintenir. Tout est donc question de bilan énergétique entre l’énergie reçue et l’énergie dépensée qui doit toujours être positif pour la truite.
Oubliez vos classiques et pensez "truites".
S’il est vrai que les classiques en matière de postes à truites sont presque toujours habités, et, comme nous l’avons vu, constamment pêchés, il existe en revanche un grand nombre de postes qui possèdent les caractéristiques essentielles à la présence de poissons mais qui sont souvent oubliés ou tout simplement évités. Certainement plus discret, ils ne sont pas exploités régulièrement, car, pour la plupart d’entre eux, difficile à lire ou bien même difficile à aborder. Il est alors nécessaire d’oublier ses connaissances en terme de poste typique à salmonidés et penser uniquement aux bases simples du bon poste : un abris servant de "cache" et se trouvant proche d’un garde manger. C’est tout !
Il y a d’ailleurs des journées où c’est uniquement ce type de postes, un peu dur à pêcher ou seulement bien dissimulés à la vue du pêcheur, qui seront abordables et vont permettre de faire sa pêche. Les truites y sont moins sollicitées, et donc moins méfiantes vis à vis des pièges tendus par les disciples de saint Fario. Sur des postes plus calmes, se sont alors des poissons qui seront fréquemment le "nez à la porte" qui vont nous attendre. Et ne croyez surtout pas que ce soit toujours de petites truites : bien au contraire. De plus, elles sont en général moins exigeantes qu’ailleurs sur l’esche présentée et toujours moins chipoteuses à l’engamage. Nous ne sommes pas là en présence de truites habituées aux coup de nez sans suite, habituellement réservé aux poissons à qui "on ne la fait pas".
En regardant bien la rivière, on découvre d’innombrables petits postes ou bien peu de pêcheurs passent leurs lignes. C’est, par exemple, un superbe poste, digne de ce nom, qui fera souvent occulter celui, plus modeste, plus discret, qui se trouve à proximité. C’est aussi une simple branche morte effleurant la surface de l’eau qui va interrompre la parfaite dérive de la ligne, occasionnant une cassure dans la coulée, et qui sera évité presque à chaque fois par la grande majorité des pêcheurs. Au mieux, les plus vaillant, vont prospecter l’amont de la branche. A croire que la source nourricière de ce courant s’arrête à ce morceau de bois et que la truite, prête à se saisir d’une proie potentielle, va forcément se trouver devant celui-ci. Par expérience, et je ne pense pas beaucoup me tromper en l’affirmant, notre belle mouchetée aura en général tendance à se placer plutôt derrière que devant cet obstacle. La solution est de se positionner ¾ amont et de laisser filer sa ligne, bannière tendue, la canne dans le prolongement du fil et de plonger complètement la pointe dans l’eau, presque horizontale à la surface. Ce n’est certes pas la panacée, certainement pas très esthétique et la présentation vaut ce qu’elle vaut, mais croyez-moi, cela suffit pour prendre : une belle fario de l’Yonne, superbe perle morvandelle de presque 2 livres, saura confirmer mes dires. Elle se tient encore au même endroit et personne n’est revenu la déloger depuis le début de la saison 99, période à laquelle elle avait succombé à un succulent petit vers de berge.
Si une branche rebute donc tant de pêcheurs, que dire des amas de branchage, très fréquent sur les petites rivières coulant à travers des massifs forestiers qui sont souvent pourvus d’une végétation rivulaire assez dense. S’il est vrai que nombre d’entre eux essaient de les pêcher, sachant qu’ils sont fréquemment le repère d’un ou deux poissons, peu agissent en toute confiance et rechignent à s’approcher au plus près. Il faut au contraire faire descendre l’esche vraiment au plus profond de l’entrelacs de bois. Pour ce faire, il suffit de regrouper la plombée (voir encadré) et de réduire la bannière au minimum, le repère, rigoletto ou autre, au plus proche de la pointe de la canne. Ainsi, la présentation n’est pas trop discrète, mais, je vous le rappelle, nous ne sommes pas là en présence de poissons "pinailleurs" qui s’affarouchent à la moindre vue d’un plomb qui brille. Voilà, parfait. Descendez délicatement votre ligne au milieu des branchages, par cette petite trouée, sans trembler… doucement… et toc, c’est la touche !
Il n’y a cependant pas que la végétation aérienne qui effraie les lignes des traqueurs de truite, car la végétation aquatique, parfois envahissante en été, ne séduit généralement que les moucheurs qui savent y trouver nombre de truites, bien nourries par la densité importante de larves qu’elle abrite. On a donc en ses lieux, le couvert et le gîte, que les longues chevelures herbeuses, de type myriophylle, représente. La truite se poste juste dessous, avec une sensation de sécurité, en bordure de courant, et fait de brefs écarts latéraux à chaque fois qu’une larve ou un insecte est emporté par le goulet formé entre deux herbiers. Ces couloirs, souvent étroits n’ont guère d’adeptes parmis les "Tocqueurs" de tout poils alors que les truites sont régulièrement disposées à s’emparer d’un appât vivant, mouche, sauterelle ou encore larve aquatique, bien présentée. Dans ce cas, la coulée est brève mais précise, dans un espace réduit qui nécessite une plombée assez lourde mais très souple, donc relativement étalée (voir encadré) pour laisser à l’esche une évolution naturelle.
Ne pas faire comme tout le monde ne veut pas dire éviter les postes évidents.
Il est certain que ce genre de poste particulier ne sera pas majoritaire sur un parcours mais représentera quand même quelques bons coups de ligne. De ce fait, ne réduisez pas votre séance à ne pêcher que des postes difficiles en évitant systématiquement les postes classiques, donc faciles à appréhender. Ce serait une grave erreur que de négliger les nombreuses tenues qu’occupe notre belle mouchetée habituellement et qui vous rapporteront quand même sûrement des poissons si ceux-ci sont en phase d’activité. C’est vrai que certains jours sombres, seul ce type de poste, passant inaperçu ou bêtement éviter, peut être payant, mais généralement la quantité de truites prises sur des postes plus faciles sera supérieure puisque proportionnellement beaucoup plus nombreux. Cependant, cela vous permettra de réussir plus régulièrement, même quand les conditions de pêche se prêtes particulièrement bien à terminer "capot". En analysant correctement votre parcours habituel, vous trouverez obligatoirement ces zones propices, pourtant bien visibles, auxquelles vous n’aviez probablement jamais porté attention ou qui effrayaient votre ligne. Essayez-les et je peux vous promettre que vous ne serez pas déçus par le résultat. Ensuite, une fois la truite piquée, vous pourrez avoir l’immense privilège de la combattre, de la mettre à l’épuisette, et, pour la remercier du plaisir éprouvé… de la regarder repartir.
Texte et photos de Christophe BOUET
