Site Passion Toc

Reportages

Mouche naturelle par Jeff...

Mouche naturelle par Jeff...La pêche à la mouche naturelle est pratiquée dans les Pyrénées depuis très longtemps. Non pas dans les larges rivières du piémont, mais surtout dans les vallées encaissées et étroites où coulent les torrents.

Aussi loin que je puisse me souvenir, mon grand-père m’ayant enseigné cette technique, qu’il avait lui-même apprise du sien, ce qui remonte environ au du milieu du XIXe siècle.

Il y a encore une trentaine d’années, nul besoin de caisses d’élevage et d’asticots pour se procurer des mouches. Il y avait des étables et des vaches dans tous les villages. Et donc des milliers de mouches autour des galettes bien fumantes.

Il suffisait alors de faire un piège autour de la plus belle galette, bref de la plus goûteuse pour les mouches. Deux trépieds, une simple toile cirée ou autre vieille couverture posée sur une vielle planche percée, et voilà nos mouches prisonnières dans l’obscurité. Une fenêtre pratiquée dans le tissu, une fois ouverte, laissait passer la lumière vers laquelle elles se dirigeaient. Et à la sortie de cette fenêtre attendait votre boite à mouches, comme ci-dessus…

Il existait une autre méthode, que nous pratiquions avec la mouche grise, dite aussi mouche de cuisine, la plus commune de toutes. Tout le monde la connaît, c’est toujours elle qui vous agace quand vous êtes à table.

L’été, les vaches étant aux pâturages, les grosses mouches étaient plus rares dans les vallées. Il nous restait donc la petite mouche grise. Nous l’attirions -au grand désespoir des dames- dans la maison en ouvrant les fenêtres, et en posant n’importe quel aliment sucré sur une table. Confiture, miel… même méthode par la suite, mais intra-muros !

Seul, l’hameçon changeait. Nous passions du 12 ou 14 pour la grosse mouche bleue au 16 pour la mouche grise, plus petite donc, mais tout aussi efficace !

De plus, cette dernière convenait très bien. Eté, eaux basses, plombées légères, appât peu volumineux qui peut se permettre de passer entre deux eaux. Utilisez des hameçons à tige (hampe) moyenne ou courte, pas de tige longue.

Autre chose… toutes les mouches qu’il vous restent sont mortes dans votre boite à cause de la chaleur ? Pêchez, pêchez quand même ! Cela marche également. Votre plomb de base situé à 15-20cm de l’hameçon fera vivre et virevolter votre insecte noyé.

Vous l’avez compris, la mouche naturelle était l’appât de base du pêcheur de truites pyrénéen. « Dès que le soleil donne sur la rivière et que le coucou chante » disait mon grand-père. Et ce, jusqu’à la fermeture. Vous avez bien lu « était », hélas, car actuellement seulement les pêcheurs un peu expérimentés et encore quelques anciens la pratiquent, toujours en Pyrénées ainsi que dans le massif central. C’est bien dommage… le ver et la teigne, facilement accessibles en magasin, sont de nos jours les plus utilisés.

Excellente école du réflexe, car le ferrage doit être instantané si vous ne voulez pas avoir votre crochet nettoyé, cette pêche vous apportera beaucoup, j’en suis certain. Elle vous apprendra que même dans des rivières de 10 mètres de large, les truites sont très souvent AU BORD. Elle vous apprendra également à pêcher les PIEDS AU SEC, ce qui est une très bonne chose. Elle développera votre approche, celle de composer avec la végétation qui sera à force de pratique, non plus une ennemie mais une précieuse alliée. Car cette pêche est celle des postes les plus encombrés qui soient. Même avec 20cm d’eau ! Là où peu, très peu de pêcheurs osent faire passer leur ligne.

Comme disait Léon Foch : « Alors, vous bénirez les branches... »




Jeff