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Nord vaudois / Les pêcheurs urbigènes s’exilent en Valais...
Voilà le décor posé, mais quelles sont donc les raisons de la colère du brave cuisinier? «L’examen pour le permis de pêche, obligatoire pour tout pêcheur possédant le permis depuis moins de cinq ans.» Assis à ses côtés, Thierry Ballif, président de la section urbigène des pêcheurs en rivière vaudois, acquiesce: «Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous ne pouvons être en accord avec ce système, entré en vigueur en janvier 2009. Celui-ci oblige le jeune pêcheur a aller suivre une formation de quatre heures, uniquement théorique. Mieux que rien? Peut-être. Mais le questionnaire est inutile, il contient des incohérences et est vraiment mal foutu. De plus, les réponses sont trop faciles à trouver. Le jeune pêcheur n’apprend rien avec ce questionnaire, il n’a aucune valeur formatrice.»
Eric Mury approuve bien évidemment les paroles de son camarade: «J’ai appris à pêcher avec mon père. Pour moi qui ai beaucoup d’expérience, ce questionnaire et cette formation ne servent strictement à rien. A la limite, ce n’est pas trop grave. Ce qui l’est déjà plus, c’est pour le jeune pêcheur. Celui-ci n’apprend rien, perd du temps et de l’argent. De plus, cela ne change rien en ce qui concerne le permis journalier ou mensuel, lequel peut être obtenu en un clin d’oeil à la Préfecture.» Voilà pour le point 1.
Trente francs malvenus
En ce qui concerne la deuxième raison de la colère des deux hommes, Thierry Ballif se fait encore plus virulent: «Il en coûte 40 francs pour passer cet examen. Soit. Notre section a donc décidé d’organiser un de ces cours, mais le Comité central n’a pas voulu et nous demande un supplément de trentre francs pour passer ces cours. Tout ça pour un rétro-projecteur et quelques locaux, ainsi que l’indemnité aux moniteurs. Nous avons donc décidé d’aller passer cet examen du côté du Bouveret, afin de montrer notre mauvaise humeur. 38 membres de notre section sont donc partis en Valais passer l’examen. Nous avons passé une très bonne journée, avons bien ri, et sommes rentrés avec l’examen en poche. Ce qu’en pense le comité central de la Société vaudoise des pêcheurs en rivière (SVPR)? Ils ne sont pas satisfaits, mais nous avons fait notre choix et l’assumons.»
Ernest Regard, président de la SPVR, n’est en effet pas tendre avec les exilés: «Leur attitude est lamentable et je choisis mes mots. Nous avons quarante-trois sections dans le canton et la section urbigène est la seule à avoir décidé de partir en Valais pour passer ce permis. Je n’approuve pas ce choix et nous allons leur écrire une lettre pour leur manifester officiellement notre désapprobation. Si nous allons les éjecter de la Société? Non, ce n’est pas le style de la maison.» Président de la section yverdonnoise, Jean-Noël Pasteut navigue entre deux eaux: «Nous allons organiser de tels cours avec mon collègue Pierre-Alain Bize, président de L’Ecaille. Je ne souhaite donc pas que mes camarades s’en aillent du côté du Valais ou de Neuchâtel, mais je comprends aussi l’attitude de mes collègues urbigènes. On ne peut pas leur donner tort sur toute la ligne.»
Une chose est sûre: les pêcheurs urbigènes ont décidé de garder la leur. Contre vents et marées.
Timothée Guillemin, journaliste Nord vaudois.
Photos, Muriel Antille et Timothée Guillemin.
