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VD, Des traces de désherbant au robinet des habitants de Cully
C’est dans la nappe phréatique partiellement située sous la place d’Armes, au bord du lac, qu’ont été mesurés des taux de Dichlorobenzamide «supérieurs à la valeur de tolérance». Selon l’inspecteur des eaux, cette norme équivaut à 0,1 microgramme par litre: «Soit un millionième de gramme, précise Eric Raetz. Cela représente une goutte dans une piscine olympique.»
Le Dichlobenil, désherbant démodé
Il explique la sévérité de cette norme par un principe de précaution: «La toxicité de la Dichlorobenzamide n’est pas avérée mais, dans le doute, on reste prudent.» Si aucune étude ne démontre d’effet sur la santé, le canton considère que cette substance n’a rien à faire dans l’eau de boisson. Ainsi, les habitants des deux communes n’auront pas à se ruer sur les bouteilles d’eau pour éviter l’intoxication. Reste que les mesures ont, à plusieurs reprises, dépassé le seuil de tolérance. «L’automne dernier, les analyses ont montré des pics allant jusqu’à sept fois la valeur de tolérance, révèle Eric Raetz. C’est là que nous avons décidé d’intervenir car, à part ce problème, l’eau de Cully est de bonne qualité.» Si la source avait été véritablement polluée, le canton l’aurait fermée sans hésitation.
La Dichlorobenzamide est une substance provenant de la dégradation d’un désherbant en vente libre: le Dichlobenil. Beaucoup utilisés dans le passé, où l’on considérait que la vigne devait être «propre», les désherbants semblent aujourd’hui moins employés pour faire place à l’herbe, dont l’avantage est de prévenir l’érosion. «Le Dichlobenil n’est plus du tout à la mode, confirme-t-on chez Cuénoud, l’une des agences qui fournissent les vignerons de la région. On en vend peu mais il reste pratique pour les parcelles difficiles d’accès.»
Cully seule en cause
Pour l’inspecteur des eaux, certains vignerons emploient encore ce produit. «Mais on connaît mal le vaste bassin d’alimentation de cette nappe phréatique», dit Eric Raetz. Difficile de trouver l’origine du produit et de dater sa dispersion dans le sous-sol. Fait troublant, aucune des communes voisines n‘a révélé de traces de Dichlorobenzamide dans ses sources, principalement situées en altitude. A La Côte non plus, d’ailleurs. Une certitude, selon le canton: la contamination ne vient pas du lac, voisin de la nappe.
C’est pourquoi l’Inspection des eaux a demandé à Cully d’installer des filtres dans la station de pompage communale. C’est déjà une habitude dans les sous-sols de la Maison Jaune, où l’eau, naturellement ferrugineuse, y est débarrassée de son excédent de fer. Ces jours, un filtre à charbon actif y est testé. Il précède l’arrivée d’une installation plus grande, dont le crédit devra encore être voté par les élus cet automne. Coût estimé de l’opération: près de 300 000 francs.
Reste à savoir pourquoi la commune n’a pas informé ses habitants plus tôt. «Comme le canton nous a dit qu’il n’y avait pas de danger pour la santé, nous n’avons pas voulu alarmer inutilement la population avant que les analyses ne démontrent une certaine stabilité», répond Jacques Busigny, municipal des Services industriels.
Source, 24 heures Vaud, ALAIN DÉTRAZ, 01.07.2008, 00:05
