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GE, AGSP, extrait du journal de pêche no 53...

GE, AGSP, extrait du journal de pêche no 53...Qu'est-ce qu'une souche rustique ?

(Article issu du site www.geneve-peche.ch avec l’aimable autorisation de son administrateur)

Favoriser la rusticité des populations de salmonidés devrait, selon les biologistes qui réalisent les suivis piscicoles du canton, répondre à la demande des pêcheurs de voir plus de poissons dans nos cours d'eau. Que signifie exactement ce concept ?


Que signifie "rustique"?

Souvent utilisé en botanique, le terme rustique désigne une espèce résistante et peu
exigeante sur la qualité du milieu. En bref, de « culture » facile. Dans le cas des sal-
monidés, ce terme décrit donc une population résistante aux maladies, aux varia-
tions de l'environnement, et performante du point de vue de la reproduction. Le
terme rustique ne fait donc pas référence à l’origine du poisson, et l’on peut donc
tout à fait se trouver en face d’une truite rustique ne présentant pas les caractères
visibles des poissons qui peuplaient à l’origine le cours d’eau. Rustique ne veut pas
dire indigène, ni originel...


Quel est l’intérêt d’une population rustique ?

L’intérêt d’avoir une population de truites rustiques réside dans le fait que par défi-
nition, cette population sera capable de grandir ou de se maintenir facilement et
sans soutien extérieur. C’est du moins ce qu’on peut espérer en théorie.


Comment faire pour obtenir une population rustique ?

La première chose à garder à l’esprit est que la capacité de survivre dans une ri-
vière donnée se transmet chez les poissons de manière génétique : on n’a jamais
vu une femelle fario apprendre à ses jeunes comment éviter les effets dévastateurs
d’une crue centennale !

La deuxième chose à retenir, c’est que les caractères génétiques (les gènes) qui
permettent à une truite de survivre ou non dans une rivière ne sont pas transmis
équitablement à l’ensemble de la descendance : certains alevins auront hérité des
bons gènes et seront donc bien équipés pour la suite, d’autres pas…C’est
d’ailleurs également le cas chez les êtres humains : chaque enfant est différent de
ses parents (à la différence que chez les êtres humains les gènes ne sont pas si im-
portants : le succès que l’on aura dans sa vie dépend plus de l’éducation que des
gènes). Ce sont donc les crues, les maladies, les prédateurs et en partie le hasard
qui ensemble vont exercer l’effet de la sélection naturelle et déterminer quels seront
les alevins qui pourront atteindre l’âge adulte et tenter ainsi de se reproduire, en
transmettant à leurs descendants les gènes qui ont fait leur succès. Parallèlement,
on peut imaginer que parmi ces poissons qui ont survécu, certains auront des gènes
qui leur permettront d’avoir plus de descendance que les autres. Là aussi, ces gènes
qui assurent le succès reproductif seront transmis à une partie de la descendance, et
vont progressivement se répandre dans la population, qui va donc augmenter sa capacité de reproduction.


La sélection naturelle joue un rôle irremplaçable...

Le rempoissonnement est donc déconseillé si c'est cette stratégie qui est suivie par les gestionnaires. Mais dans les cas où cette option n'est pas applicable politiquement, il n'y a qu'une solution pour garantir un rempoissonnement ou un alevinage avec
des poissons porteurs des bons caractères héréditaires : utiliser les géniteurs du cours d’eau pour produire des alevins, en prenant soin de les changer régulièrement pour éviter tout risque de domestication. Donc il faut favoriser le rempoissonnement uniquement avec des poissons issus des géniteurs de la rivière.


Pourquoi les poissons de pisciculture, quels qu’ils soient, ne sont pas adaptés
à cette stratégie ?


On l’a vu plus haut, c’est l’environnement qui sélectionne les caractères héréditaires
capables d’assurer le succès de la reproduction dans une rivière donnée. Or, en pis-
ciculture, ces caractères-là tendent à disparaître au profit d’autres, bien plus utiles au
pisciculteur. Il va par exemple souvent utiliser pour la reproduction les poissons qui
arrivent en premier à l’épuisette, et donc les plus agressifs ; ou alors il choisira les poissons qui grossissent le plus vite... Et comme ils sont sélectionnés par le pisciculteur, ce sont ces caractères qui vont se répandre dans la population. Or, ces derniers s’avèrent le plus souvent bien peu performants en milieu naturel... Des études récentes ont montré que les géniteurs sauvages perdent leur rusticité en quelques générations dans une pisciculture…


Globalité de l'info pêche 53



Maxime PREVEDELLO - président de l'AGSP